Prêt Garanti par l’Etat (PGE) : ça coince pour les néobanques

Face à la crise économique générée par l’épidémie de Coronavirus, le gouvernement français a réagi de manière forte et rapide. Avec de nombreuses aides aux entreprises et 300 milliards de prêts garantis, le ministère de l’Économie et des Finances a voulu un dispositif massif et inédit afin « qu’aucune entreprise, quelle que soit sa taille, ne soit livrée au risque de faillite » selon les mots du président.

L’un des piliers du plan d’aide est le fameux Prêt Garanti par l’Etat (PGE), déployé depuis le 23 mars dernier. Trois semaines après, plus de 150 000 entreprises ont déjà reçu un accord de principe, pour un total de 22 milliards d’euros. Cependant, une faille dans le dispositif empêche les clients professionnels des néobanques d’y avoir recours… un sérieux trou dans la raquette.

Au fait, c’est quoi le PGE ?

Le Prêt Garanti par l’Etat (PGE) est un prêt de trésorerie à taux réduit (de 0,25 % à 0,5 %) qui peut couvrir jusqu’à 25 % du chiffre d’affaires de l’année précédente ou deux années de masse salariale pour les entreprises innovantes. Toutes les activités économiques peuvent prétendre à cette aide, hormis quelques exclusions dans le secteur financier et les sociétés civiles immobilières.

Le PGE bénéficie d’une garantie de l’Etat entre 70 % et 90 %, selon la taille de l’entreprise. Les banques maintiennent ainsi une part du risque. Le remboursement est différé d’un an et la société peut décider, à l’issue de cette période, d’amortir le prêt sur une durée de 1 à 5 ans.

La démarche pour obtenir un PGE est assez simple :

  • La première chose à faire est de se rapprocher de son partenaire bancaire. C’est lui qui examine les critères d’éligibilité et surtout la situation économique de l’entreprise pour donner (ou non) un pré-accord pour un prêt.
  • Ensuite, le processus diffère selon la taille de la structure :
    • Pour la majorité des TPE-PME : l’entreprise effectue une demande via la plateforme en ligne de BPI France – PGE pour obtenir un identifiant unique, à communiquer à sa banque qui vérifie le numéro d’identification et accorde le prêt ;
    • Pour les sociétés de plus de 5 000 salariés ou réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 1,5 milliards d’euros : l’entreprise transmet une demande à la Direction générale du Trésor qui instruit le dossier, la garantie de l’État est accordée par arrêté individuel du ministre de l’Economie et des Finances et la banque peut ainsi délivrer le prêt.

Prêt Garanti par l’Etat : les néobanques sur le banc de touche

Sur le papier, le dispositif est clair et semble facile d’accès. Pourtant, dans la réalité, de nombreux chefs d’entreprises font remonter leur désarroi face aux difficultés rencontrées, notamment auprès des banques qui peinent à traiter le grand nombre de dossiers et restent encore frileuses.

Et la situation est encore plus problématique pour des milliers de petites et moyennes entreprises : celles qui avaient choisi de domicilier leur compte bancaire dans une néobanque.

Rappel : qu’est-ce qu’une néobanque ?

Depuis le début des années 2010 et le développement des « fintechs » (startups utilisant les nouvelles technologies pour bousculer la finance), les néobanques ont trouvé leur place et grignotent des parts de marché dans le secteur bancaire. On peut définir une néobanque comme un établissement financier non affilié à une banque traditionnelle, qui propose une offre 100 % digitale pour une gestion de compte dématérialisée.

Si ces nouvelles pratiques plaisent aux particuliers, les néobanques attirent aussi un nombre croissant de clients professionnels, souvent des petites entreprises, des indépendants ou des startups.

Les avantages des néobanques sont nombreux : simplicité, frais de fonctionnement très bas, cartes de paiement incluses, sites Internet et applications mobiles très ergonomiques. A contrario, il n’y a souvent aucun découvert autorisé, pas de services financiers proposés (épargne, bourse, plan retraite, etc.) et… pas de possibilité de contracter un crédit.

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Un problème d’agrément pour les néobanques

La plupart des néobanques BtoB comme Shine, Qonto ou Anytime, disposent seulement d’un agrément « d’établissement de paiement » : insuffisant pour octroyer des prêts, prérogative réservée aux « établissements de crédit ». En clair, toutes les entreprises qui ont uniquement un compte dans une néobanque n’ont pas accès au Prêt Garanti par l’Etat et pourraient se retrouver sur la paille. Alexandre Prot, co-fondateur de Qonto, estime que cela représente 50 % de ses 75 000 clients.

On pourrait croire que seuls les clients professionnels des jeunes néobanques sont touchés, or, c’est le même constat pour beaucoup de banques en ligne. Chez Boursorama, le directeur général Benoît Grisoni, déplore cette situation et annonce offrir les frais liés à l’offre Boursorma Pro pour les 3 prochains mois à ses clients.

Les néobanques cherchent des solutions

Alors que la crise liée au Coronavirus est loin d’être terminée, les néobanques tentent de trouver une issue favorable pour leurs clients.

Elles ont d’abord frappé à la porte du ministère de l’Économie et des Finances. Solution indirecte, Bercy propose aux clients professionnels des néobanques de s’adresser aux banques traditionnelles qui peuvent traiter les demandes de PGE. Certains entrepreneurs ont tenté leur chance, sans succès : il est quasi impossible d’ouvrir un compte professionnel dans la période actuelle, encore moins pour solliciter un prêt de trésorerie.

Les néobanques ont aussi entamées des négociations avec l’organisme de régulation du secteur : l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR). Deux pistes ont été étudiées :

  • L’obtention d’une dérogation temporaire, qui permettrait aux néobanques de distribuer des prêts ;
  • L’étude accélérée des dossiers d’agrément pour être reconnu comme établissement de crédit.

Malheureusement, l’ACPR indique que, même si les néobanques obtenaient une dérogation, les crédits octroyés ne bénéficieraient pas de la garantie de l’Etat. Quant à raccourcir les délais de traitement des dossiers d’agrément, là aussi, l’ACPR précise qu’elle ne peut distribuer des autorisations sans prendre le temps nécessaire pour garantir la fiabilité des acteurs… et que les agréments doivent également être visés par la Banque Centrale Européenne.

Malgré tout, les demandes d’agrément déposées sont en cours de traitement, et certains comme Qonto, espèrent obtenir le précieux sésame à la fin de l’année 2020… espérons qu’il ne soit pas trop tard.

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