Prévoyance des professions libérales : les conseils de Max Kakoun

Les professions libérales bénéficient depuis juillet 2021 d’indemnités journalières en cas d’arrêt maladie. Cette avancée reste toutefois insuffisante pour maintenir le niveau de vie en cas d’incapacité prolongée.

La prévoyance des professions libérales constitue un enjeu majeur pour près d’un million de travailleurs indépendants. Entre plafonnement des prestations et délais de carence, les garanties de base méritent une analyse approfondie.

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Un régime obligatoire aux prestations limitées

Le régime de base verse des indemnités journalières plafonnées à 197,50 euros par jour en 2026, selon les données publiées par Previssima. Ce montant correspond au calcul de 1/730e du revenu annuel, avec un minimum fixé à 26,33 euros quotidiens.

Max Kakoun, fondateur du cabinet Anavie et spécialiste de la protection des professions libérales depuis dix ans, souligne que ce plafond représente souvent moins de la moitié des revenus habituels d’un professionnel libéral établi.

Indicateur

Valeur 2026

Source

IJ maximum

197,50 €/jour

Previssima

IJ minimum

26,33 €/jour

Previssima

Délai de carence

3 jours

CNAVPL

Durée maximale

87 jours

CNAVPL

Limite sur 3 ans

360 jours

CNAVPL

Taux de cotisation

0,30 % revenu N-2

GPM Protection

Délais et durées de couverture : les zones d’ombre

Le délai de carence de trois jours signifie qu’aucune indemnité n’est versée pendant les 72 premières heures d’arrêt. Pour un professionnel libéral dont les charges fixes continuent de courir, cette période représente déjà une perte sèche.

La durée maximale d’indemnisation atteint 87 jours sur les 90 premiers jours d’arrêt, puis s’étend jusqu’à 360 jours sur une période de trois années consécutives. Certaines caisses comme la CIPAV ne prévoient aucune prestation après le quatre-vingt-dixième jour, créant un vide de protection particulièrement préoccupant.

Les professionnels libéraux confrontés à une maladie de longue durée se retrouvent ainsi sans filet de sécurité au-delà de cette limite, alors que leurs obligations financières perdurent.

Les trois garanties complémentaires indispensables

La protection sociale des professions libérales repose sur trois piliers complémentaires qu’il convient d’articuler avec précision :

  • Incapacité temporaire : complète les indemnités journalières du régime de base pour maintenir un revenu proche du niveau habituel
  • Invalidité permanente : verse une rente en cas de réduction définitive de la capacité de travail, partielle ou totale
  • Capital décès : protège les proches en cas de disparition du professionnel, avec possibilité de rente éducation pour les enfants

L’approche développée par le cabinet Anavie consiste à évaluer le gap entre les prestations obligatoires et les besoins réels avant de dimensionner les garanties complémentaires. Cette méthodologie évite tant la sous-assurance que le surcoût de garanties inutiles.

Le dispositif Madelin : un levier fiscal majeur

Les cotisations versées pour une prévoyance complémentaire ouvrent droit à une déduction fiscale dans le cadre de la loi Madelin. Le plafond de déduction atteint 11 534,40 euros en 2026 pour les garanties santé et prévoyance combinées.

La formule de calcul repose sur 3,75 % du revenu professionnel augmenté de 7 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 48 060 euros en 2026. Une limite absolue fixée à 3 % de huit fois ce plafond encadre toutefois le dispositif.

Pour bénéficier de cet avantage, plusieurs conditions doivent être réunies :

  • Exercer une activité non salariée relevant du régime des travailleurs indépendants
  • Être à jour de ses cotisations obligatoires
  • Souscrire un contrat éligible auprès d’un organisme agréé
  • Déclarer les cotisations dans les cases appropriées du formulaire fiscal

Les travaux menés par le fondateur d’Anavie montrent que l’économie d’impôt peut atteindre 30 à 45 % du montant des cotisations selon la tranche marginale d’imposition du professionnel.

Évaluer ses besoins réels de protection

L’analyse des besoins commence par le calcul du revenu indispensable en cas d’arrêt. Ce montant doit couvrir les charges fixes incompressibles : loyer ou mensualités d’emprunt, charges sociales, frais professionnels récurrents, dépenses familiales courantes.

La différence entre ce besoin minimal et les prestations du régime obligatoire détermine le montant de garantie complémentaire nécessaire. Un professionnel libéral percevant 6 000 euros mensuels et ayant des charges fixes de 4 500 euros ne peut se contenter des 197,50 euros quotidiens du régime de base.

Poste

Montant mensuel

Couverture obligatoire

Gap à combler

Charges locatives

1 200 €

0 €

1 200 €

Cotisations sociales

1 500 €

0 €

1 500 €

Frais professionnels

800 €

0 €

800 €

Dépenses courantes

2 500 €

5 925 € (max IJ)

0 €

Total

6 000 €

5 925 €

3 500 €

Une réforme récente encore méconnue

L’instauration des indemnités journalières pour les professions libérales date du 1er juillet 2021 seulement. Cette réforme a mis fin à des décennies d’absence totale de couverture maladie pour près d’un million de professionnels.

Le taux de cotisation, fixé à 0,30 % du revenu de l’avant-dernière année, reste modeste au regard de la protection apportée. Toutefois, cette protection demeure insuffisante pour des professionnels dont les revenus dépassent significativement les plafonds.

 

La prévoyance des professions libérales nécessite une approche sur mesure. Le régime obligatoire, bien que renforcé depuis 2021, laisse subsister des lacunes importantes en termes de montants et de durée de couverture.

L’articulation entre garanties de base et complémentaires, optimisée par le dispositif Madelin, permet de construire une protection adaptée aux besoins réels de chaque professionnel. Cette démarche préventive garantit la pérennité de l’activité face aux aléas de santé.

 

1. CNAVPL – Les professions libérales indemnisées des IJ : https://www.cnavpl.fr/les-pl-indemnises-des-ij/

2. Impots.gouv.fr – Avantage fiscal contrat Madelin : https://www.impots.gouv.fr/particulier/questions/je-cotise-un-contrat-madelin-quel-est-mon-avantage-fiscal

3. Previssima – Indemnités journalières professions libérales : https://www.previssima.fr/question-pratique/professions-liberales-quelles-sont-les-indemnites-journalieres.html

4. Apicil Pro – Calcul disponible fiscal Madelin : https://pro.apicil.com/prevoyance/calcul-disponible-fiscal-madelin/

5. Loi Madelin – Fiscalité prévoyance santé : https://www.loimadelin.com/cadre-fiscal-madelin/fiscalite-prevoyance-sante-madelin/

6. GPM Protection – Protection sociale professions libérales : https://www.gpm.fr/protection-sociale-des-professions-liberales/

Le délai de carence est de trois jours. Aucune indemnité n’est versée pendant cette période initiale d’arrêt de travail.

La durée maximale atteint 87 jours sur les 90 premiers jours d’arrêt, puis 360 jours cumulés sur une période de trois années consécutives.

Les cotisations versées dans le cadre d’un contrat Madelin sont déductibles du revenu imposable, dans la limite de 11 534,40 euros en 2026 pour la prévoyance et la santé combinées.