Reprendre une entreprise en difficulté : bonne ou mauvaise idée ?

Une entreprise en difficulté pour son gérant est une situation difficile à vivre. Le poids d’une entreprise qui éprouve des difficultés économiques peut être lourd à porter, selon le degré de gravité de ces difficultés.

Pour un entrepreneur qui souhaite reprendre une entreprise et la faire prospérer, une entreprise en difficulté peut être soit une opportunité, soit un choix désastreux. Bien souvent c’est quitte ou double. Si le repreneur a les épaules suffisamment solides et les ressources pour relever l’entreprise, il peut faire une réelle bonne affaire en rachetant une entreprise pour un très faible montant. Si le repreneur a sous-estimé les difficultés de l’entreprise, il risque tout simplement de la précipiter vers une liquidation définitive et y laisser des plumes au passage. Au final, bonne ou mauvaise idée de reprendre une entreprise en difficulté ? On vous donne quelques précieux indices pour vous faire votre propre opinion sur le sujet…

créez votre société

comparer

Quelles sont les similitudes avec une reprise d’entreprise classique ?

Une entreprise en difficulté a beau inquiéter quant à sa santé financière et son développement économique, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit encore à ce stade d’une entreprise comme une autre.

En dehors du volet économique et financier, la reprise d’une entreprise en difficulté présente les mêmes caractéristiques que la reprise d’une entreprise classique.

Par exemple, en tant que possible repreneur vous devrez vous renseigner sur :

  • le secteur d’activité de l’entreprise afin d’évaluer notamment vos capacités et vos ressources disponibles pour être à la tête de cette entreprise ;
  • la taille de l’entreprise qui influe grandement sur les investissements à réaliser et la trésorerie à constituer pour garantir sa survie et prévoir son développement économique ;
  • la structure et l’organisation interne de l’entreprise qui – en cas de reprise – jouent un rôle prépondérant dans la réussite d’un plan de restructuration ;
  • la zone géographique dans laquelle est implantée l’entreprise afin d’évaluer son implantation dans le marché économique local et ses possibles opportunités à s’étendre au-delà de ce secteur délimité ;
  • l’actif et le passif de l’entreprise avec une estimation des ressources financières à mobilier pour reprendre dans les meilleures conditions une entreprise ;
  • les conditions et le délai estimé pour finaliser la reprise de l’entreprise.

Cette liste de points importants à prendre en compte lors d’un projet de reprise d’une entreprise n’est pas exhaustive. Il s’agit ici d’informations de base que tout repreneur doit étudier afin de ne pas perdre son temps sur un projet de reprise voué à l’échec.

Qu’est-ce qui change avec une entreprise en difficulté financière ?

La reprise d’une entreprise en difficulté va bien évidemment entraîner une vigilance accrue, aussi bien du côté du cédant que du repreneur. Selon le stade plus ou moins avancé des difficultés financières recensées au sein d’une entreprise, une tierce personne aura également un droit de regard sur le profil et le projet du repreneur. Il peut s’agir notamment d’un administrateur judiciaire en cas de redressement judiciaire ou bien encore du liquidateur dans le cadre d’une procédure de liquidation judiciaire.

De plus, les contraintes attachées à la situation financière de l’entreprise seront plus ou moins nombreuses selon la procédure applicable à l’entreprise. L’on distingue 2 types de procédures  :

  • les procédures amiables ;
  • les procédures collectives.

Une présentation de chacune de ces procédures et leur impact lors d’une reprise d’entreprise s’impose.

Les procédures amiables : une cession consentie de l’entreprise et peu contraignante

Au stade d’une procédure amiable, il n’y a aucune raison pour le gérant de l’entreprise de s’alarmer outre mesure. Il s’agit avant tout d’une aide procurée par un mandataire ou un conciliateur au chef d’entreprise afin de redresser la barre rapidement et retrouver une situation économique stable. Parmi les procédures amiables est proposé :

  • le mandat ad hoc ;
  • la procédure de conciliation.

Dans le cadre du mandat ad hoc, l’entreprise n’est pas en état de cessation des paiements, c’est-à-dire qu’elle possède encore la trésorerie nécessaire pour payer tous ses fournisseurs, prestataires et salariés. Aucune facture ne reste impayée. Mais le chef d’entreprise constate néanmoins des problèmes financiers persistants qui à terme peuvent entraîner une impossibilité de payer les factures.

Dans ce cas, le mandat ad hoc a pour objectif d’aider le gérant dans la gestion financière de son entreprise, le temps de retrouver une situation stable. Partant de ce constat, il est rare qu’un chef d’entreprise décide de céder son entreprise à ce moment-là pour des causes économiques. Il peut néanmoins décider de la céder pour d’autres raisons, mais le potentiel repreneur ne bénéficiera pas forcément d’une réelle baisse de prix sur la cession de l’entreprise.

La procédure de conciliation peut être appliquée aux entreprises qui présentent une cessation des paiements depuis moins de 45 jours. En agissant rapidement avec l’aide d’un conciliateur, le chef d’entreprise a encore toutes les chances de redresser la situation et de payer dans les meilleurs délais ses créanciers. Pour un repreneur, une entreprise qui a bénéficié d’une procédure de conciliation n’est pas forcément l’opportunité la plus rentable. L’entreprise ne sera pas bradée en cas de cession et le repreneur devra éventuellement gérer une entreprise présentant des premiers signes de difficultés financières.

Les procédures collectives : une possible cession forcée de l’entreprise

Pour un repreneur en quête d’une entreprise à racheter à bas prix, une entreprise en procédure collective peut être une opportunité. Mais attention, outre le prix de cession, il est essentiel pour le repreneur de comprendre les causes des problèmes financiers subis par l’entreprise. Si un repreneur n’est pas certain de pouvoir exceller là où le cédant a fauté dans la gestion de son entreprise, c’est un pari très risqué de reprendre une entreprise avec un passif plus important que l’actif.

Pour rappel, les 3 types de procédures collectives sont :

  • la procédure de sauvegarde ;
  • la procédure de redressement judiciaire ;
  • la procédure de liquidation judiciaire.

La procédure de sauvegarde : une impossible cession de l’entreprise

Placée sous sauvegarde judiciaire, l’entreprise n’est pas en cessation de paiement. Elle présente néanmoins des difficultés financières. Dans ce cas, il n’est pas possible pour le chef d’entreprise de demander à bénéficier d’une procédure de sauvegarde et de proposer en même temps à la vente son entreprise. 

Il n’est donc pas possible pour un repreneur de racheter une entreprise placée sous sauvegarde judiciaire. Cependant, le chef d’entreprise peut toujours vendre une branche d’activité de l’entreprise. Il s’agira donc ici d’une cession partielle sur des branches autonomes de l’entreprise.

La procédure de redressement judiciaire : une possible cession d’une entreprise à sauver

Une entreprise sous redressement judiciaire peut quant à elle faire l’objet d’une cession complète. Lorsque le chef d’entreprise n’est pas en capacité de redresser lui-même son entreprise, l’entreprise peut être mise en vente dès le jour de l’ouverture de la procédure de redressement judiciaire. L’offre de vente peut porter sur l’entreprise dans son entièreté, mais également sur une ou plusieurs branches d’activité autonomes. Dans ce genre de situation, le chef d’entreprise tout comme l’administrateur judiciaire en charge du redressement judiciaire ne sont pas en mesure de négocier un prix de cession élevé.

L’objectif ici est de sauver l’entreprise. Mais une cession à prix cassé n’est pas forcément envisagée par l’administrateur judiciaire et le chef d’entreprise. De plus, contrairement à une offre de reprise classique, ici les potentiels repreneurs doivent déposer un dossier de reprise auprès de l’administrateur judiciaire en charge de ce dossier. Ce sera le tribunal qui décidera d’accepter ou non l’offre de reprise du repreneur.

La procédure de liquidation judiciaire : une possible cession des actifs de l’entreprise 

Il est également possible de racheter une entreprise qui risque prochainement d’être placée en liquidation judiciaire. Mais au stade de la liquidation judiciaire, l’entreprise présente de sérieux problèmes financiers qui l’obligent à ne plus payer ses dettes et à ne plus fonctionner comme à son habitude.

L’objectif ici pour le liquidateur est notamment de sauver le plus d’emplois possible et d’apurer autant que possible le passif. L’enjeu sera donc de taille pour le repreneur. La contrepartie est que le prix de la cession est bien souvent attractif pour le repreneur, afin que ce dernier puisse investir dans cette entreprise en péril. Pour un repreneur qui présente des idées nouvelles pouvant permettre de sauver ce qu’il y a à sauver de l’entreprise, il peut s’agir d’une réelle opportunité.

Pour résumer, la reprise d’une entreprise en difficulté peut être une opportunité quand :

  • l’entreprise est en redressement judiciaire, ne présente pas une situation financière désespérée et est mise en vente par la volonté du chef d’entreprise qui ne souhaite plus gérer cette entreprise ;
  • l’entreprise est en voie d’être placée en liquidation judiciaire et comprend une ou plusieurs branches d’activités autonomes qui sont encore porteuses dans le marché économique actuel et qui peuvent être dans les meilleurs délais exploitables après leur rachat et le maintien des emplois des salariés déjà formés.

Dans tous les cas, nous vous conseillons de vous entourer de professionnels qualifiés dans ce domaine pour saisir tous les enjeux qui revêt une reprise d’entreprise en difficulté.

Quelles sont les vérifications à effectuer ?

Pour éviter toute mauvaise surprise, il est conseillé à un entrepreneur qui rachète une entreprise en difficulté de procéder à des vérifications supplémentaires. Si vous faites partie de ces repreneurs ambitieux qui souhaitent miser sur une entreprise en difficulté, avant de signer l’acte de cession pensez à :

  • réaliser un audit sur l’aspect financier, fiscal, social, commercial et juridique afin d’éviter de devoir faire face à des vices cachés une fois la cession actée ;
  • faire le point sur vos ressources financières pour racheter l’entreprise et la remettre à flot dans les meilleurs délais tout en gardant à l’esprit que la plupart des organismes de crédit refusent une demande de crédit pour financer une entreprise en difficulté ;
  • analyser le marché dans lequel évolue l’entreprise afin de connaître les concurrents directs et indirects de l’entreprise et les possibilités d’évolution ;
  • analyser l’offre de produits ou de services par rapport à la demande actuelle et la demande à venir.

N’hésitez pas à aller à la rencontre du chef d’entreprise pour en savoir davantage sur les difficultés de l’entreprise du point de vue de l’entrepreneur. Les conseils avisés d’un ou de plusieurs professionnels (avocat, expert-comptable, conseiller dans un cabinet spécialisé…) permettent également d’obtenir de précieuses informations tout en évitant de s’éparpiller dans l’analyse de différentes données…

Où trouver des offres d’entreprises en difficulté ?

Vous êtes toujours motivé à sauver une entreprise en difficulté ? Vous avez l’énergie et les épaules solides pour un tel projet ? Sachez que d’autres entrepreneurs sont aussi à l’affût de nouvelles offres de cession d’entreprises en difficulté.

Pour ne pas passer à côté d’une offre de reprise qui pourrait répondre à votre projet, vous pouvez retrouver des offres de cessions d’entreprises en difficulté sur le site :

  • Infogreffe ;
  • des enchères publiques ;
  • du Conseil national des administrateurs judiciaires et des mandataires judiciaires (CNAJMJ) ;
  • de l’Association syndicale professionnelle d’administrateurs judiciaires (ASPAJ).

Vous disposez maintenant de précieuses informations pour avoir une première idée sur votre capacité à gérer un tel projet et sur les bénéfices que vous pouvez retirer d’investir dans une entreprise en difficulté. Gardez néanmoins à l’esprit que sans dossier de reprise solide à apporter au tribunal de commerce, votre offre de reprise aura peu de chances d’aboutir. Un dernier conseil sera donc de préparer en amont votre projet de reprise d’entreprise avant même de vous positionner sur une offre de cession d’entreprise en particulier.

comments
Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués d'un * sont obligatoires